CRISE POST-ÉLECTORALE EN TANZANIE : TENSIONS AIGUËS ET SPÉCULATIONS SUR L’UNITÉ DE L’ARMÉE.

La Tanzanie traverse une phase de forte tension politique à la suite des élections tenues le 29 octobre 2025. Le scrutin, qui a vu l’opposition dénoncer un processus entaché par l’élimination de toute crédibilité de ses candidats, plonge le pays dans une crise sans précédent depuis l’indépendance.

Le parti d’opposition Chadema avance un bilan très lourd, affirmant que les violences électorales auraient fait « environ 700 morts ». Ce bilan, qui reste à vérifier par des sources indépendantes, est utilisé par l’opposition pour dénoncer une dérive autoritaire du régime de la présidente Samia Suluhu Hassan. Initialement perçue comme un symbole d’ouverture après le décès de John Magufuli en 2021, la présidente est désormais accusée d’avoir renoué avec les méthodes répressives de son prédécesseur.

Au cœur de cette instabilité, l’attitude de l’armée tanzanienne alimente les spéculations. Le 29 octobre, des vidéos largement diffusées ont montré des soldats « côtoyant pacifiquement les manifestants » dans les rues de Dar es-Salaam, une posture qui a été interprétée par certains observateurs comme un signe de soutien aux contestataires. Cependant, cette apparente tolérance a été rapidement désavouée. Le lendemain, le chef des forces armées, Jacob Mkunda, a fermement recadré ses troupes, qualifiant les manifestants de « criminels » et menaçant de « représailles militaires » toute nouvelle tentative de rassemblement.

Ces réactions divergentes suggèrent une possible division au sein de l’institution militaire, opposant un haut commandement qui maintient sa fidélité au pouvoir en place, et une base qui pourrait être plus sensible aux revendications populaires. Les slogans scandés par les jeunes manifestants à Dar es-Salaam, qui demandent aux autorités de « Rendre le pays, » reflètent une colère populaire face aux résultats électoraux. Cette situation rappelle, pour certains analystes, des précédents récents d’instabilité militaire en Afrique, sans que l’on puisse pour l’heure confirmer une réelle menace de coup d’État en Tanzanie.

Les tensions sont exacerbées par des accusations visant l’entourage de la présidente. Le fils de Samia Suluhu Hassan, Abdul Hassan, est notamment accusé par la critique de diriger une « force d’intervention informelle » mêlant police et renseignement, jugée responsable de vagues d’enlèvements de voix dissidentes en amont des élections. Parallèlement, l’opposition politique est ciblée par la justice ; l’opposant Tundu Lissu, par exemple, est actuellement poursuivi pour « trahison. » Ces éléments sont cités par l’opposition comme preuves d’une dérive d’État policier qui crée un climat de terreur et cristallise la colère populaire.

Dans ce contexte politique explosif, l’avenir de la stabilité tanzanienne est incertain. Les observateurs mettent en garde contre une conjugaison de facteurs des accusations d’illégitimité du régime, une forte répression, et une armée sous tension qui pourraient déstabiliser l’un des pays traditionnellement les plus stables d’Afrique de l’Est. Quatre ans après avoir soulevé l’espoir d’une transition démocratique, la présidente Samia Suluhu Hassan est confrontée à une crise majeure qui soulève des questions quant à sa capacité à apaiser la situation et à restaurer la confiance dans les institutions démocratiques du pays.

Patrick Mulemaza…

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