La communauté internationale s’est mobilisée massivement jeudi à Paris pour répondre à l’une des urgences humanitaires les plus graves au monde dans la région des Grands Lacs, en République Démocratique du Congo (RDC).
Coorganisée par la France et le Togo, la conférence a dressé un tableau dramatique : 27 millions de personnes sont en insécurité alimentaire et la région compte 7 millions de déplacés. Le président français Emmanuel Macron a qualifié la situation de « déchirures d’une humanité blessée, » dénonçant notamment l’horreur des violences sexuelles. Face à l’urgence, la solidarité financière a été à la hauteur.
En clôture de l’événement, le président Macron a annoncé une mobilisation des donateurs comprise entre 1,5 et 2,5 milliards d’euros pour l’assistance aux populations vulnérables.

Cette somme marque une avancée significative, le plan de réponse humanitaire des Nations unies n’étant jusque-là financé qu’à hauteur de 16%. Concrètement, cette aide se traduira par l’envoi de médicaments et de nourriture, ainsi que par l’annonce de la réouverture de l’aéroport de Goma pour des vols humanitaires et la création de couloirs sécurisés pour l’acheminement des vivres.
Malgré cette prouesse financière, la conférence a été frappée par les tensions géopolitiques. L’absence du président rwandais Paul Kagame, qui a envoyé son ministre des Affaires étrangères, a symbolisé la persistance du fossé entre Kigali et Kinshasa. Le président congolais Félix Tshisekedi accuse publiquement le Rwanda de soutenir le groupe armé M23, qui contrôle de larges parties de l’est de la RDC. Cette crise diplomatique menace de contrecarrer les efforts d’aide sur le terrain.

Les désaccords politiques s’ancrent dans la poursuite des violences sur le terrain, malgré les accords de désescalade signés ces derniers mois. Le conflit indirect entre la RDC et le Rwanda, souvent alimenté par les richesses minières de l’est congolais, continue de faire rage. Le médiateur désigné par l’Union africaine, le président togolais Faure Gnassingbé, a mis en cause l’exploitation minière informelle et le commerce illicite des ressources qui continuent d’alimenter les groupes armés et d’appauvrir la communauté.

Au-delà des promesses d’argent, l’acheminement de l’aide reste le défi majeur. Le directeur du Forum des ONG internationales en RDC a rappelé que les annonces financières n’auront de sens que si elles se traduisent par des mesures concrètes sur le terrain. » Avec des « routes humanitaires parfois contrôlées, les convois taxés, les ressources détournées; comme l’a souligné Faure Gnassingbé; l’effort international exige désormais un engagement sans faille de toutes les parties pour garantir la sécurité et l’accès, afin que cette aide vitale atteigne réellement les 7 millions de déplacés.

